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Médecine vétérinaire : L’union fait la force

Le cabinet vétérinaire indépendant appartient de plus en plus au passé. En l’espace de cinq ans, les groupements de vétérinaires se sont solidement implantés dans le pays, avec un impact également sur le secteur pharmaceutique. (Wouter Temmerman)

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Ces dernières années, un nombre croissant de cabinets ou cliniques vétérinaires se sont regroupés, souvent sous l’impulsion de grands acteurs internationaux. Dans ce vaste mouvement de consolidation, le leader du marché est IVC Evidensia, avec plus de 2.000 structures dans 17 pays. Le groupe est détenu par le fonds d’investissement suédois EQT. Pour la Belgique, le site du groupe mentionne déjà plus de 50 structures qui travaillent sous la bannière d’IVC. Ses challengers sur le marché belge sont AniCura et Nesto. Depuis 2018, AniCura appartient à Mars et possède un portefeuille de 2.500 cliniques dans le monde, dont 18 dans notre pays. Nesto est une initiative belge qui regroupe 35 structures locales, mais aussi 2 structures au Luxembourg et près de 30 en Allemagne. Ces dernières ont rejoint le réseau fin 2023 après une fusion avec le concurrent allemand Veternicum, peu après l’arrivée de Verlinvest, le véhicule d’investissement de la famille de Spoelberch d’AB InBev.

Soins spécialisés

Plusieurs raisons expliquent pourquoi beaucoup de vétérinaires indépendants sont séduits par l’idée de rejoindre un réseau, explique Paul Huyghe, co-fondateur de Nesto. « La demande croissante de soins très spécialisés et l’obligation de rester disponibles 24/7 fragilisent les cabinets individuels. La collaboration apporte une solution à ces défis. » Chez AniCura également, Baptiste Michel, Head of Operations, évoque la complexité accrue des soins vétérinaires. « De plus en plus de propriétaires demandent des traitements spécialisés, tels que l’oncologie et la cardiologie. Cela exige du matériel de pointe et une expertise qu’un cabinet indépendant n’est pas en mesure de supporter. » Les groupements combinent volontiers soins spécialisés et offres de formation, mais ils apportent aussi un soutien dans les domaines de l’IT, du marketing et du recrutement, permettant ainsi aux vétérinaires de se concentrer sur leur métier de base.

Modèles de participation

Les groupements appliquent plusieurs modèles pour fidéliser les cabinets et les cliniques. Nesto opte pour une participation dans laquelle le directeur de la structure conserve toujours une partie des actions, tandis qu’AniCura rachète complètement la structure. Une stratégie qui se reflète dans la dénomination chez AniCura : toute clinique reprise associe le nom du groupe à son propre nom. Ce n’est pas le cas chez Nesto où chaque clinique garde son nom. Il faut noter qu’en marge de tous les acteurs mentionnés, un réseau de vétérinaires moins séduits par le modèle participatif s’est également constitué. Boa vets for vets ne prend aucune participation dans les cliniques et applique une formule d’abonnement pour se concentrer sur le partage des connaissances via des formations, une plateforme numérique ou une journée de campagne annuelle. Il offre à ses membres la possibilité de faire partie d’une communauté. Dès lors, le support va plus loin, par exemple en matière de gestion, de RH et d’achats. Aujourd’hui, boa vets for vets compte une soixantaine de membres. « Notre modèle est idéal pour les vétérinaires qui veulent rester indépendants tout en bénéficiant des avantages d’une collaboration », selon son directeur général, Tim Waelbers.

Achats groupés

En plus des avantages en termes de spécialisation, d’administration ou de partage des connaissances, l’achat groupé de médicaments constitue un autre atout non négligeable des réseaux. En médecine humaine, les médecins ne vendent pas de médicaments, mais les vétérinaires ont cette possibilité. Il y a encore quelques années, la vente de médicaments vétérinaires n’était pas structurée de la même façon en Belgique que dans d’autres pays européens. Dans le système belge, tout vétérinaire devait bénéficier à tout moment des mêmes réductions auprès des firmes pharmaceutiques. L’Europe a balayé cette structure avec un nouveau règlement relatif aux médicaments vétérinaires, entré en vigueur en 2022. Il donne au marché la possibilité de conclure des achats de volume à l’échelle européenne. Le nouveau cadre a donc favorisé l’émergence de groupements de vétérinaires et de groupements d’achat. « Depuis que les achats de volume sont légaux, nous observons un changement significatif dans la manière d’acheter les médicaments », constate Paul Huyghe. « Les groupements d’achat existaient déjà à l’étranger et ils étaient déjà actifs en Belgique. »

Indépendance médicale

Les nouvelles règles du jeu offrent un avantage économique aux vétérinaires, mais elles ont également un impact sur les fabricants et les patients. Car est-il acceptable qu’un avantage économique joue un rôle dans le choix d’un médicament vétérinaire ? Nesto, AniCura et boa vets for vets procèdent à des achats groupés, mais ils martèlent que l’indépendance médicale reste primordiale à leurs yeux. « Les vétérinaires décident toujours eux-mêmes quels produits conviennent le mieux à leurs patients, quels que soient les accords commerciaux du groupe », précise Baptiste Michel. Sur ce point, Nesto renvoie aux contrats conclus avec ses membres. « Nous ne voulons absolument pas que les vétérinaires choisissent un médicament ou un appareil pour des raisons financières, alors qu’ils n’en seraient pas partisans sur le plan médical. Chez nous, la liberté médicale est décrite très clairement dans chaque contrat de collaboration et nous voulons la préserver. » Chez boa vets for vets également, Tim Waelbers souligne que les vétérinaires gardent toujours la liberté d’utiliser les produits de leur choix.

Suffisamment de vétérinaires

Interrogés sur leurs plans d’avenir, les groupements vétérinaires décrivent une vision plus large. Outre la spécialisation et l’amélioration de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée pour les vétérinaires, la digitalisation et le support dans la gestion des cabinets figurent également à l’agenda. Et, bien sûr, tous les réseaux recherchent la croissance, mais Nesto et AniCura en particulier l’envisagent dans une perspective européenne. Les groupements optent pour l’agrandissement à l’échelle européenne, bien que le marché belge puisse encore intégrer des vétérinaires supplémentaires, conclut Paul Huyghe. « Le besoin est présent, parce qu’il est difficile de trouver suffisamment de vétérinaires dans notre pays. La venue de vétérinaires étrangers peut contribuer à y remédier. »

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