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Humain et machine : Les robots autonomes dans le monde du travail

Inspections dans les usines, gestion des entrepôts, prise de mesures sur les chantiers de construction… : les robots (partiellement) autonomes trouvent leur place dans un large éventail d’applications, complétant efficacement les compétences humaines. Bram Vanderborght, expert en robotique de la VUB & imec, et David Gregory d’AB InBev évaluent l’impact de cette évolution sur le climat de travail dans les usines. « L’avenir de l’emploi ne se résume pas à un choix entre l’humain et la machine, mais réside dans une synergie entre les deux. »  (Dimitri Dewever)

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Depuis quelque temps, c’est Spot, un chien robotisé autonome créé par Boston Dynamics, qui effectue les tournées d’inspection au sein de la brasserie AB InBev, à Leuven. « Il fait désormais partie de notre quotidien », témoigne David Gregory, Strategic Projects Acceleration Manager Europe chez AB InBev. « Le robot assiste l’équipe technique dans une multitude de tâches d’inspection qui vont du contrôle de la température des installations à la détection des fuites éventuelles dans les canalisations. » Grâce aux contrôles quotidiens, les défaillances potentielles sont détectées plus tôt, améliorant nettement la maintenance et la durée de vie des machines, surtout au niveau des lignes d’emballage.

« La visibilité améliorée permet à l’équipe technique d’intervenir et de résoudre les pannes plus rapidement. Le nombre d’heures d’indisponibilité des installations a donc considérablement baissé », explique David Gregory. Spot contribue également à l’efficacité énergétique de la brasserie : la détection et la réparation des fuites éventuelles à un stade précoce permettent de réduire la production d’air comprimé et font par conséquent baisser la consommation d’énergie et les émissions de CO₂.

Des robots dotés de bras, de jambes, mais aussi de roues

« Les robots tels que Spot sont aujourd’hui capables de grimper les escaliers avec agilité, de se mouvoir sur des terrains accidentés et d’ouvrir des portes avec aisance. Ils sont donc parfaitement adaptés aux tâches d’inspection dans des environnements non structurés et des sites industriels accidentés », poursuit Bram Vanderborght, professeur de robotique au sein du groupe de recherche BruBotics de la VUB & imec.

L’évolution technologique ne s’arrête cependant jamais. Si Boston Dynamics fut un temps pionnière, l’entreprise fait désormais face à une concurrence mondiale accrue, notamment avec de nouvelles solutions robotiques provenant de Chine ou de Suisse, à l’instar d’ANYmal. « Le modèle suisse Swiss Mile est équipé de pattes, mais aussi de roues. Il combine vitesse et capacité à traverser des terrains accidentés », explique Bram Vanderborght.

Plateformes robotiques et capteurs

Bon nombre de robots sont aujourd’hui utilisés principalement en tant que « plateformes » sur lesquelles sont montés des capteurs, tels que des caméras et des capteurs d’imagerie thermique ou de gaz. « Ils sont donc capables de détecter les fuites de chaleur ou de signaler des problèmes potentiels dans les usines, sans nécessiter de modifications coûteuses de l’infrastructure », précise Bram Vanderborght.

Il en va de même pour les drones utilisés notamment dans les secteurs de l’agriculture et de la construction. « Grâce aux drones, les entreprises de construction suivent l’avancement de leurs projets avec efficacité, tandis que les agriculteurs évaluent plus facilement l’état de leurs cultures », souligne Bram Vanderborght. Les drones inspectent les bâtiments, les conduites d’eau et d’autres infrastructures.

Complémentarité entre l’humain et le robot

L’un des enjeux de la robotisation est de gérer la perception des travailleurs. « Nos collaborateurs doivent être capables d’interpréter les signaux de Spot et de prendre des décisions réfléchies », explique David Gregory. « Nous avons par conséquent organisé une formation complète lors du déploiement de Spot. Les formations sont régulièrement mises à jour pour que nos collaborateurs disposent toujours des informations les plus récentes. »

L’évaluation continue de Spot et le feed-back des collaborateurs permettent d’optimiser l’utilisation du robot et de mieux répondre aux besoins des équipes. Grâce à cette approche, le déploiement de la technologie est optimal. « Nous sommes convaincus que cette approche est la bonne », assure Bram Vanderborght. « Il a été démontré que les travailleurs activement impliqués dans le développement des solutions robotiques en reconnaissaient plus rapidement la valeur ajoutée. »

Chez un constructeur automobile connu, l’arrivée d’un robot collaboratif, également appelé co-bot, a mis en lumière la perception des collaborateurs à cet égard. Bram Vanderborght : « Alors qu’ils étaient habitués aux bras robotisés classiques pour effectuer des tâches répétitives, une certaine résistance s’est pourtant manifestée. » Des sociologues ont été associés au projet pour concevoir, avec les travailleurs, un design et des interactions centrées sur l’utilisateur. Le but d’un co-bot est de décharger l’humain des tâches fastidieuses, pas de le priver de son emploi.

« Bien expliquer les interactions et être à l’écoute des besoins des utilisateurs est primordial pour que l’application soit véritablement utile », poursuit Bram Vanderborght. L’exemple de l’exosquelette (un harnais technologique qui soutient physiquement les travailleurs dans les travaux lourds) est éloquent. « L’exosquelette est mieux accepté lorsqu’il est perçu comme une technologie qui améliore la sécurité tout en réduisant l’effort, sans pour autant remplacer l’intervention humaine. »

L’avenir de la robotique

Les robots autonomes sont prometteurs, mais des obstacles subsistent. Les chiens robotisés et autres plateformes doivent être plus accessibles financièrement : un modèle comme Spot coûte facilement 75.000 dollars américains. En ce qui concerne les drones, leur autonomie reste limitée par la capacité énergétique de la batterie interne. Mais l’engouement observé dans différents secteurs est prometteur. « Tout comme les smartphones, ces robots pourraient devenir des outils de travail indispensables au quotidien », conclut Bram Vanderborght.

Chez AB InBev, l’heure est à l’optimisation de Spot au sein de la brasserie. « Nous nous focalisons sur cette optimisation en vue d’une intégration responsable et efficace de la technologie », déclare David Gregory. « Cela nous permettra de prendre des décisions éclairées sur le déploiement des robots autonomes au sein de l’entreprise. » 

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