Chauffeurs de poids lourds - Atténuer la pénurie
Le métier de chauffeur poids lourd figure en tête des professions en pénurie depuis longtemps. En complément de la formation traditionnelle, le secteur mise depuis peu sur la reconversion professionnelle. Un beau succès puisque 140 nouveaux chauffeurs ont rejoint le secteur en 2024. (Wouter Temmerman)
Fin 2024, la Flandre comptait 440 postes vacants de chauffeurs semi-remorque. Sur la seule année 2024, le VDAB a reçu 2.445 offres d’emploi pour cette fonction, un chiffre mis en parallèle avec les 609 demandeurs d’emploi inoccupés et accompagnés en 2024. Ces 2.445 offres d’emploi en Flandre ne sont cependant que le sommet de l’iceberg. Pour l’ensemble de la profession, 983 offres de chauffeur camion attitré, 402 offres de chauffeur semi-remorque, 149 offres de chauffeur convoi exceptionnel et 1.709 offres de chauffeur distribution restent à pourvoir.
La demande est forte dans toutes les régions. Pour Bruxelles, Actiris a recensé 695 offres d’emploi pour l’ensemble de la profession en 2024, dont 428 offres de chauffeur distribution, 55 offres de chauffeur tracteur et 154 offres de chauffeur semi-remorque. Le Forem a dressé le bilan de la Wallonie, où les catégories sont légèrement différentes de celles de la Flandre et de Bruxelles. Début février 2025, la région comptabilisait 412 offres d’emploi de chauffeur poids lourd permis C, 341 offres de chauffeur poids lourd permis CE (semi-remorque, camion-citerne…) et 399 offres de chauffeur poids lourd permis CE avec multibennes (conteneurs à déchets).
Pénurie aiguë
Ces chiffres élevés ne sont pas nouveaux : la pénurie aiguë de chauffeurs routiers est une préoccupation majeure pour le secteur depuis des années. Le VDAB l’explique par une forte demande de remplacement due au vieillissement et par les délais d’attente pour les formations (code 95), tout en soulignant l’importance de la réputation de la profession et des conditions de travail. « Les horaires difficiles, les contraintes de temps et la charge de travail accrue, les embouteillages et les nombreux contrôles contribuent également à la pénurie », écrit le VDAB. « Chez les conducteurs de poids lourds internationaux, les absences prolongées sont aussi à prendre en considération. »
Pour combler cette pénurie, il convient de former de nouvelles recrues ou de faciliter l’accès à la formation. Parallèlement aux formations existantes, l’exemple du Fonds Social Transport et Logistique (FSTL) est particulièrement frappant. Ce fonds collabore de longue date avec le VDAB en Flandre, le Forem en Wallonie et Logisticity à Bruxelles pour former des demandeurs d’emploi au métier de chauffeur poids lourd. Il soutient par ailleurs la formation dans douze écoles secondaires professionnelles, où les jeunes peuvent faire leurs premiers pas dans le métier dès l’âge de 17 ans. Depuis 2023, le Fonds mise sur la reconversion professionnelle à travers la formation Future Drivers, qui s’inscrit dans la continuité de la campagne marketing enrouteverslaventure.be. « Nous ne recherchons pas des aventuriers, mais si nous parlons d’emblée de chauffeurs de poids lourds, beaucoup de gens abandonnent », explique Geert Heylen, directeur du FSTL.
Reconversion
Le programme « Future Drivers » offre aux candidats à la reconversion la possibilité d’obtenir gratuitement leur permis C ou CE. Atout non négligeable : les frais de formation, de l’ordre de 7.500 euros, sont totalement pris en charge par le FSTL. « Les limites de ce projet sont à la fois logistiques et financières », poursuit Geert Heylen. « Il est impossible de former des milliers de conducteurs du jour au lendemain. Nous régulons donc le flux en ajustant par exemple le budget marketing. »
La première année, le programme a connu un vif succès : plus de 500 candidats se sont inscrits. Après une sélection stricte, basée sur la motivation et la faisabilité, 140 participants (pour toute la Belgique) ont entamé une formation intensive nécessitant une totale implication, sachant qu’ils la suivent souvent en parallèle de leur emploi. Levi Zeelmaekers, coordinateur de projet au FSTL : « Quand je rencontre un candidat, je l’interroge généralement sur sa situation familiale. S’il a de jeunes enfants, il doit savoir qu’il lui sera par exemple difficile d’aller les déposer ou les chercher à l’école. J’essaie de rester réaliste et honnête, sans être négatif. De nombreux candidats ont déjà pris des mesures, en passant leur permis théorique ou en s’informant ailleurs. C’est un signe de motivation. En général, on repère rapidement les candidats qui en veulent. »
Bon départ
Les premiers résultats montrent que le concept fonctionne. Les Future Drivers ayant suivi la formation ont rapidement intégré le secteur et réussi leur reconversion. Après la formation, ils doivent trouver eux-mêmes un employeur. « Ils ont le champ libre à partir de là », explique Geert Heylen. « En tant que fonds social, nous ne faisons ni jobmatching ni placement. Notre mission principale est d’offrir une formation de qualité. » Les entreprises de transport sont ravies de ces nouvelles recrues, même si la demande reste soutenue. « Future Drivers est donc un programme continu », conclut Geert Heylen. « Ces 140 nouveaux chauffeurs n’intègrent pas le secteur simultanément. De nouvelles sessions démarrent pratiquement toutes les semaines. Une cinquantaine sont en cours en ce moment. Intégrer chaque année 140 personnes dans le secteur est un bel exploit. Je suis certain qu’il y en aura encore plus dans les prochaines années. »